INDE - Géographie


INDE - Géographie
INDE - Géographie

La République indienne occupe une position particulière par rapport à deux ensembles géographiques de plus grande dimension dont elle fait partie.

L’essentiel de son territoire appartient au domaine des régions tropicales dont le climat est marqué par une alternance de saisons sèches et humides. Par rapport aux espaces analogues existant en Afrique et en Amérique latine, l’Inde a un caractère plus septentrional, à cause des mécanismes de la mousson qui étendent plus loin de l’équateur le domaine de ce type de climat, et un développement important des plaines alluviales. Mais l’originalité essentielle vient de la densité de la population, beaucoup plus importante que dans les régions correspondantes d’Afrique et d’Amérique, densité qui est liée à l’existence d’une agriculture permanente dans des milieux qui, ailleurs dans le monde, ont longtemps connu des formes de mise en valeur plus extensives.

L’Inde fait également partie du monde des pays «sous-développés». Mais elle a en même temps des caractères propres qui la différencient des autres pays de cet ensemble. Le problème y est sans doute particulièrement grave, et se pose directement en termes de survie pour une masse importante de la population, dont environ 30 à 40 p. 100 peuvent être considérés comme étant en état de sous-consommation. De plus, l’Inde constitue une unité politique de grandes dimensions (plus de 3 250 000 km2); sa population (près de 890 millions d’habitants en 1992) est plus importante que celle de l’Afrique tout entière; le plus peuplé des États latino-américains compte six fois moins d’habitants. C’est dire l’importance du problème de la surpopulation. L’Inde échappe aux difficultés que crée, en Afrique notamment, la balkanisation.

Les traits essentiels du sous-développement indien sont envisagés dans l’article relatif à l’économie. Il appartiendra donc essentiellement à la géographie d’étudier les différenciations internes de l’espace indien. Celles-ci sont liées en grande partie à la nature et à la variété du milieu physique. La population est encore très largement occupée dans l’agriculture; les aptitudes agricoles des différents milieux ont guidé la mise en place du peuplement et influencent encore ses traits majeurs.

Les milieux les plus favorables à une agriculture productive sont les plaines alluviales pluvieuses, localisées à la périphérie du bloc de vieilles terres qui constitue l’essentiel de la péninsule indienne proprement dite. Elles forment deux ensembles: l’un, continu, avec l’immense plaine du Gange et ses annexes; l’autre, plus discontinu, avec les deltas qui se succèdent le long des côtes de la baie du Bengale. L’aménagement agricole est également continu, grâce à la mise en œuvre de techniques d’irrigation, sur les sols rouges et noirs portés par les plateaux moyennement arrosés de la péninsule. Dans tous ces milieux, le paysage est dominé par l’action humaine, et la végétation naturelle a été à peu près complètement détruite.

Les milieux les moins mis en valeur sont de trois types: les plaines et les bas plateaux secs, d’abord, forment une diagonale discontinue orientée du nord-ouest au sud-est depuis les confins du Pakistan occidental jusqu’au sud-est de la péninsule; les moyennes montagnes très arrosées du nord-est et de l’ouest de la péninsule, ensuite; les grandes montagnes himalayennes, enfin. Celles-ci sont d’ailleurs assez marginales par rapport à l’Inde, puisque une part importante de la chaîne se trouve rattachée au Népal, au Sikkim et au Bhoutan.

Une deuxième série de différences est introduite par la variété culturelle de l’Inde. Il faut tenir compte de plusieurs échelles spatiales dans la distinction des groupes qui occupent l’espace indien. Il y a d’abord des différences sensibles au niveau de la petite région entre des ensembles de quelques villages, voire d’un village à l’autre. Il est difficile d’en tenir compte dans une étude globale. Plus nettes sont les nuances entre les groupes linguistiques, dont l’existence s’exprime en particulier dans la structure politique fédérale. Enfin, à petite échelle, une opposition marquée existe entre les «régions-refuges», où l’on trouve des populations prédravidiennes que l’on désigne sous le nom de «populations tribales», les régions dravidiennes du Sud, et celles qui ont accueilli les Indo-Européens. Une partie de ces dernières ont été profondément islamisées. Les domaines où l’islam avait touché la plus forte proportion de la population ont formé le Pakistan.

En troisième lieu, les phases de l’histoire économique depuis le milieu du XIXe siècle ont marqué l’espace indien. La politique britannique a abouti à la création de centres de croissance périphériques, notamment autour des ports de Madras et surtout de Bombay et Calcutta, dans des positions proches à la fois des grandes voies maritimes et des centres de peuplement. Ces métropoles ont groupé autour d’elles des régions économiques qui ont une unité certaine, et qui continuent à croître, bien que le gouvernement indien ait tenté d’harmoniser quelque peu le rythme de la progression économique des différentes parties du territoire.

En définitive, il existe une distinction nette entre quatre types de régions. Des régions de fort peuplement et d’intense activité, qui peuvent être considérées comme relativement développées (eu égard aux conditions moyennes de l’Inde); des régions de fort peuplement, actuellement en crise grave, comme le Bihar, le Kerala, et peut-être l’agglomération de Calcutta; des régions de peuplement moyen avec un équilibre à peu près correct entre des ressources médiocres et un peuplement assez faible; des régions très faiblement peuplées et peu mises en valeur. Les limites de ces ensembles ne recoupent pas exactement celles des différents milieux physiques et des aires culturelles, bien qu’il y ait entre elles une série complexe de liens de cause à effet.

1. Structure géologique

Géodynamique: la plaque indienne

L’Inde est un élément de la plaque indienne (ou indo-australienne). Au sud, la limite avec la plaque antarctique correspond à l’axe de la dorsale de l’océan Indien (fig. 1); à l’ouest, la ride Owen-Murray, en domaine océanique, et la faille de Chaman, à terre, constituent la frontière avec la plaque arabique; au nord, le contact avec la plaque Eurasie s’effectue au niveau de la chaîne de collision himalayenne, et, plus précisément actuellement, par l’intermédiaire du chevauchement bordier himalayen (M.B.T., fig. 2). À l’est, la situation est plus complexe selon que l’on considère qu’il existe deux plaques distinctes, indienne et australienne, ou que l’ensemble ne constitue qu’une plaque unique; dans le premier cas, la limite de la plaque indienne est constituée par la chaîne d’Arakan, prolongée au sud par la subduction Andaman-Nicobar, puis par la ride du 900 est, et enfin par une zone de déformation intra-océanique au sud de Sri Lanka; dans le second cas, la limite de subduction Andaman-Nicobar se prolonge par la subduction indonésienne (fosses de Sumatra-Java-Timor), puis par la zone de collision de Nouvelle-Guinée et les arcs du Pacifique ouest (Vanuatu, Tonga-Kermadec, Nouvelle-Zélande). Il est vraisemblable que nous assistons actuellement dans la région à une réorganisation du système de plaques, avec séparation en deux de la plaque indo-australienne.

Constitution du bloc continental indien

La péninsule indienne représente donc l’élément continental (ou l’un des deux éléments continentaux, l’autre étant l’Australie) de la plaque indienne. Cet élément est constitué par une très ancienne croûte continentale, affleurant dans le Sud, et masquée sous les alluvions des plaines du Gange et de l’Indus au nord et au nord-ouest. Les terrains les plus anciens, datés de plus de 3000 Ma (millions d’années), sont connus (fig. 2), au sud, dans le craton de Dh rw r ou Karn taka, à l’est, dans la zone de Singhbh m, et au nord (Ar valli-Bundelkhand). Ils constituent trois noyaux autour desquels s’est effectuée la croissance de la croûte continentale au cours de l’Archéen; on y observe des séries métamorphiques (gneiss et schistes, roches basiques et anciens sédiments) plusieurs fois déformées, qui apparaissent comme des reliques au sein de formations plus récentes (Précambrien D, fig. 2); les âges les plus anciens (3775 Ma) proviennent des Older Metamorphic Tonalitic Gneiss de Singhbh m, qui ont été redéformés vers 3550-3440 Ma, 3300 Ma et 3170-3040 Ma. L’essentiel de la formation de la croûte continentale indienne a été réalisé avant 2500 Ma (Précambrien D, fig. 2). Ce Précambrien D est constitué de roches métamorphiques (gneiss, roches basiques transformées en amphibolites, anciennes laves et tufs, anciens sédiments détritiques, dont les fameux quartzites ferrugineux, dits Iron Ore, datés entre 3300 et 3100 Ma) et de roches granitiques intrusives (granites de Singhbh m, mis en place en plusieurs étapes entre 3300 et 3000 Ma, granites de Bundelkhand, également en plusieurs étapes entre 2950 et 2500 Ma). C’est au cours de cette évolution que se sont mises en place les célèbres charnockites (gneiss granitoïdes à hypersthène) qui constituent d’importantes ceintures au sud du Karn taka et dans les Gh ts orientales (fig. 2), où elles sont datées entre 3065 et 2600 Ma.

L’activité de formation de croûte continentale s’est maintenue par la suite, encore qu’à un rythme moins soutenu. Cela se traduit en Inde par l’existence de zones déformées qui soudent entre eux les différents noyaux anciens. Le Précambrien C correspond à la mise en place du système Ar valli-Narmada en deux grandes étapes (entre 2500-2300 et 2000-1850 Ma); il est constitué de gneiss, quartzites, marbres, anciennes roches volcaniques et intrusions granitiques (granite de May rbhanj, daté à 2100-2000 Ma dans la zone de Singhbh m). Le Précambrien B, entre 1850-1650 et 1400-1300 Ma, est assez largement développé en Inde; il correspond encore à des formations métamorphiques (gneiss, micaschistes, quartzites, marbres et anciennes laves et tufs) déformées et traversées par des massifs granitiques. Ces séries constituent en particulier le «groupe de Delhi», daté par des granites à 1700-1650 Ma. Dans le Mica Belt (État de Bih r), un granite est daté à 1590 Ma.

Le Précambrien A (Précambrien supérieur) correspond à deux étapes de l’évolution indienne (non distinguées sur la fig. 2). Dans un premier stade, entre 1300 et 900 Ma, d’importantes déformations affectent des séries sédimentaires (argilites, grès, quartzites, calcaires, tufs) et volcaniques dans les régions de Cuddapah, Narmada-S tpura, Kaladgi-Bh 稜ma, God vari, reprenant souvent les structures plus anciennes, par exemple dans le groupe de Delhi, le Mica Belt ou les Gh ts orientales. Dans un second stade se mettent en place de grands bassins à sédimentation principalement détritique de grès et d’argiles rouges du groupe Vindhya, très utilisés en sculpture et en architecture. Ces bassins se sont développés tantôt en plein cœur des systèmes plus anciens (bassins de Cudappah, de Chhattisgarh), tantôt à la limite de deux blocs (bassin Vindhya). Les formations y sont très peu déformées, indiquant que la stabilisation de la croûte continentale indienne a été réalisée dès 900 Ma. À cette époque s’est constituée la première Pangée par soudure des différents noyaux de croûte continentale formés depuis l’Archéen et qui sont connus en Afrique, en Arabie, à Madagascar, en Australie et en Antarctique mais aussi dans les Amériques, en Europe et en Asie. Une moitié de cet ensemble est représentée par le Gondwana [cf. GONDWANA], regroupant Afrique, Amérique du Sud, Antarctique, Arabie, Australie, Inde et Madagascar, ainsi que quelques autres fragments (Chine du Nord, Chine du Sud, Tarim). Les formations du Précambrien A sont aussi présentes en Him laya: elles constituent l’essentiel des roches affleurant dans le moyen pays et dans la haute chaîne et qui ont été intensément déformées depuis 52 Ma au cours de la formation de la chaîne himalayenne.

Évolution paléozoïque: l’Inde, élément du Gondwana

Au cours du Paléozoïque (590-255 Ma) s’effectue la rupture, puis la reconstitution de la Pangée. L’Inde est peu affectée par cette rupture, et, hors des régions himalayennes, on n’y connaît pas de formations du Paléozoïque inférieur; elle demeure pendant tout ce temps un domaine continental, relativement stable, inclus au sein d’un ensemble plus vaste. À partir du Carbonifère supérieur (320 Ma), le bloc indien commence à se fracturer, comme d’ailleurs l’ensemble du Gondwana. Deux zones sont plus particulièrement intéressées. En Inde péninsulaire apparaissent deux fossés qui se rejoignent probablement sous le Deccan: le fossé de God vari, orienté nord-nord-ouest - sud-sud-est, et le fossé de Narmada-S 拏n-D modar, orienté est-ouest. Ces deux fossés vont fonctionner durant une assez longue période (de la fin du Carbonifère jusque dans le courant du Crétacé inférieur, de 295 à 120 Ma). Ils sont remplis par des séries continentales dont les faciès sont étroitement dépendants des conditions climatiques, elles-mêmes dépendantes de la latitude sous laquelle se trouvait l’Inde et de son éloignement des espaces marins. Un certain nombre d’événements particuliers sont ainsi enregistrés, tels une glaciation carbonifère (T lchir Boulder Beds) et une période subtropicale au Permien-Trias avec en particulier le dépôt de charbons gondwaniens (bassin houiller de D modar). Les séries gondwaniennes sont également connues en Him laya, en particulier dans la zone du chevauchement bordier, indiquant l’existence vraisemblable d’un autre fossé plus ou moins parallèle au fossé de D modar. Mais le phénomène le plus important, au moins par ses conséquences, est la rupture intervenue au nord de l’Inde, à l’origine de la marge nord-indienne de la Téthys.

L’Inde, la Téthys et l’océan Indien

La notion de Téthys est due à Melchior Neumayr (1885); il s’agissait à l’origine d’expliquer la présence de faciès marins largement développés pendant le Paléozoïque et le Mésozoïque dans ce qui constitue actuellement les chaînes montagneuses de Turquie, d’Asie centrale et du Tibet. Grâce aux progrès conceptuels, qui ont culminé avec la formulation de la théorie de la tectonique des plaques, on sait désormais que cet espace téthysien correspondait à un domaine océanique et à ses marges [cf. TÉTHYS]. Schématiquement, durant tout le Paléozoïque et le Mésozoïque, des espaces océaniques se sont succédé entre une marge asiatique active et une marge gondwanienne passive; à plusieurs reprises, un fragment de continent s’est détaché du Gondwana, par formation d’un fossé qui a évolué en océan; le fonctionnement de cet océan a entraîné la dérive vers le nord du bloc ainsi détaché, la destruction de l’espace océanique plus ancien situé au nord et, finalement, la collision du bloc détaché avec l’Asie. Les conséquences de cette évolution n’ont été sensibles sur l’Inde actuelle qu’à partir du Carbonifère supérieur. À cette époque, un fossé s’est créé au nord de l’actuelle chaîne himalayenne, séparant de l’Inde un bloc continental dont on retrouve des traces en Iran, Afghanistan, Tibet, Birmanie et Thaïlande. Ce fossé évoluant en océan, la bordure nord-indienne est devenue une marge continentale dès le Trias (250 Ma) et a évolué comme telle jusqu’à la collision éocène (52 Ma), enregistrant dans l’intervalle les événements eustatiques (transgressions et régressions) mésozoïques.

L’étape suivante, qui a modelé la structure de l’Inde, est liée à la formation de l’océan Indien. Celle-ci s’est effectuée suivant un schéma complexe, fidèlement enregistré par les marges indiennes. Le premier épisode consiste en l’ouverture d’un espace océanique séparant l’Afrique-Arabie de l’ensemble Inde-Madagascar-Australie-Antarctique et qui constitue de nos jours le canal de Mozambique. Elle s’est effectuée au cours du Jurassique moyen (165 Ma), au niveau d’un fossé créé précédemment, car on connaît du Permien et du Trias marins sur la côte ouest de Madagascar. Côté Inde, ce qui reste de cette marge a été incorporé aux chaînes de K 稜rthar et de Sulaym n, lors de la collision oblique tertiaire. Cependant, la plate-forme indienne a enregistré les transgressions eustatiques du Jurassique et du Crétacé, et l’on retrouve des sédiments carbonatés et argilo-carbonatés, à faciès de plate-forme, au Rajasth n, au Kutch et dans la péninsule de K thi w r, avec en particulier les célèbres couches d’Umia (Portlandien-Néocomien, 145-125 Ma). Au Kutch, les faunes d’Ammonites du Jurassique moyen montrent des affinités nettes avec le domaine méditerranéen, illustrant l’existence de communications aisées entre la Téthys himalayo-malgache et la Téthys occidentale; en revanche, au Jurassique supérieur, la faune himalayo-malgache revêt un caractère plus endémique, en raison précisément de l’ouverture agrandie de cet espace océanique jurassique et des modifications hydrologiques qui en ont résulté (régime des courants). L’épisode suivant aboutit à séparer l’Inde de l’ensemble Australie-Antarctique, d’une part, et de Madagascar, de l’autre; cet épisode débute vers 140 Ma (série marine de Ragavapuram au niveau du delta de la God vari), et la séparation est complète vers 100 Ma; ainsi est créée la marge de Coromandel, où est connu un Crétacé supérieur-Paléocène marin très fossilifère (formation de Utatur, Vraconien-Cénomanien-Turonien, 100-90 Ma; formation de Tiruchirapalli, Turonien-Coniacien-Santonien, 90-83 Ma; formation de Pondichéry, Maastrichtien, 71-66 Ma; formation de Ninnyur, Danien-Paléocène, 66-55 Ma). En revanche, la marge de Malab r n’a pas conservé de dépôts contemporains de cette histoire; s’ils ont existé, peut-être ont-ils été érodés – car on en connaît sur la marge symétrique, à l’est de Madagascar –, peut-être sont-ils masqués sous les trapps du Deccan. À la même époque, la zone de fracture Narmada, très ancienne zone fragile déjà sollicitée au Précambrien supérieur et pendant le dépôt des couches de Gondwana, a dû jouer en décrochement, réalisant le dispositif actuellement observé sur la péninsule.

Les trapps du Deccan

Les trapps du Deccan forment un immense plateau couvrant presque le tiers de la surface de la péninsule indienne. Il s’agit d’une très importante masse de matériel volcanique constituée de basaltes alcalins, épaisse parfois de plus de 1 000 mètres et mise en place très rapidement, en 1 à 2 Ma, à la limite Crétacé-Paléocène; il s’agit donc d’un phénomène de type catastrophique, qui est parfois invoqué pour expliquer la crise biologique fini-crétacée (extinction de nombreux groupes, tels les Ammonites et les Dinosauriens). Ce volcanisme est lié au fait que, à cette époque, cette partie de l’Inde, qui dérivait très vite vers le nord, se trouvait au-dessus du point chaud de la Réunion. L’existence de ce point chaud permet précisément de suivre à la trace cette dérive très rapide de l’Inde; en effet, il en est résulté une ride sous-marine jalonnée par une ligne d’îles formant les archipels des Laquedives, Maldives, Chagos (fig. 2); celles-ci sont en fait des récifs installés sur une ride volcanique. Il existe d’ailleurs une autre ride symétrique dans le golfe du Bengale, la ride du 900 est, trace du point chaud de Saint-Paul, qui a également enregistré la dérive de l’Inde. Il est possible que les trapps de Rajmahal, âgés de 100 Ma, soient la trace sur le continent de ce même point chaud de Saint-Paul. En ce qui concerne plus particulièrement la côte de Malab r, la proximité du point chaud a entraîné un soulèvement de la lithosphère, donc une érosion importante, expliquant peut-être l’absence de séries marines crétacées. De nos jours, la chaîne des Gh ts occidentales-N 稜lgiri, atteignant 2 693 mètres, est anormalement élevée pour une marge âgée de 65 Ma, ce qui retentit sur la physionomie du drainage de la péninsule, au sud de Narmada, où l’on remarque que tous les cours d’eau ont leur source dans les Gh ts occidentales et se jettent dans le golfe du Bengale.

La fermeture de la Téthys et la collision indienne

La dérive indienne (cf. chaîne HIMALAYENNE, fig. 2), conséquence de l’ouverture de l’océan Indien, a pour résultat la fermeture de l’océan téthysien situé au nord; la résorption de celui-ci s’est effectuée au niveau de sa marge nord, au Tibet, ce qui a produit un certain nombre de structures caractéristiques (arcs magmatiques, complexes de subduction, etc.) qui participent à la chaîne himalayenne, produit de la collision des deux ensembles continentaux Inde et Asie. De part et d’autre du bloc continental indien, en domaine océanique, la situation est différente. À l’ouest, une collision très oblique se produit qui est à l’origine des chaînes de K 稜rthar et de Sulaym n. À l’est, le régime est encore celui de la subduction de la lithosphère océanique du golfe du Bengale sous l’Asie du Sud-Est; un complexe de subduction (prisme d’accrétion tectonique) s’est formé; il émerge tout au nord, au Bangladesh et en Birmanie, ainsi qu’à Andaman et Nicobar.

Au nord de la péninsule, la collision est frontale; le bassin sédimentaire récent du Gange et de l’Indus en est une conséquence. Sous l’effet de la charge constituée par la chaîne himalayenne, la lithosphère indienne fléchit, délimitant une dépression dissymétrique, profonde (de 5 à 6 km) en bordure de la chaîne et s’amincissant en direction du sud. Cette dépression est remplie de sédiments détritiques fluviatiles qui résultent de l’érosion de la chaîne. Ces sédiments, qui constituent les Siw lik, sont ensuite progressivement incorporés à la chaîne par la tectonique. Il s’agit là d’un dispositif dynamique de bassin d’avant-chaîne tout à fait classique des chaînes de collision; le système Siw lik-Gange en constitue l’exemple de référence. Les séries détritiques des Siw lik ont enregistré les différentes étapes de la progression et de la formation de la chaîne himalayenne; on y observe ainsi des changements remarquables de dynamique et d’apports sédimentaires qui montrent, par exemple, qu’à – 10 Ma l’érosion a atteint des niveaux profonds, qu’à – 5 Ma les reliefs sont devenus vigoureux, qu’à – 7 et – 3 Ma le climat a changé. En particulier, le régime de mousson s’est établi vers – 7 Ma.

Le bassin d’avant-chaîne, bien que représentant un volume de l’ordre de 750 000 kilomètres cubes, n’est cependant pas suffisant pour accueillir tous les produits issus de l’érosion de la chaîne; une part importante de ceux-ci est évacuée jusqu’à la mer, par le Gange et l’Indus, et constitue deux gigantesques cônes détritiques sous-marins. Celui de l’Indus [cf. DELTAS] s’étend jusqu’à plus de 1 000 kilomètres au large et correspond à environ 1 500 000 kilomètres cubes. Celui du Gange se développe sur plus de 3 000 kilomètres dans le golfe du Bengale, au-delà de Sri Lanka, et son volume dépasse 3 000 000 de kilomètres cubes. Simultanément, de petits bassins sédimentaires côtiers, où alternent faciès marins et saumâtres, se sont développés sur les deux marges de Coromandel et de Malab r au cours du Tertiaire et du Quaternaire, au gré des événements eustatiques.

La séismicité indienne

L’Inde est une région sismiquement active. La région la plus exposée est le front himalayen; les séismes y résultent de compressions en relation avec le chevauchement de la chaîne vers le sud; la magnitude peut dépasser 6 (séisme de Bih r, en 1934); les dommages sont toujours importants sur ces zones où les reliefs sont près de leur limite d’équilibre. À l’extrême est, l’Assam est une zone particulièrement menacée, où des séismes de magnitude supérieure à 7 se produisent avec une période de l’ordre de cinquante ans (Shillong, 1897, M 礪 8; Assam, 1950, M 礪 7); cette situation tient à l’existence de failles de décrochement le long desquelles le plateau de Shillong glisse vers l’ouest. D’autres zones actives existent, où les séismes n’atteignent pas des magnitudes aussi importantes. La zone de chevauchement d’Arakan, au Bangladesh et en Birmanie, est le siège de séismes compressifs. La marge de Coromandel et les Gh ts orientales sont le siège d’une activité sensible, les magnitudes dépassant rarement 6. Les marges de Malab r et des Gh ts occidentales sont également actives, particulièrement au sud de Bombay; la magnitude peut dépasser 6 (1967), avec un mécanisme en décrochement; des magnitudes élevées existent aussi au Kutch (1956), et des séismes meurtriers s’y sont produits en 1668 et 1819. Un certain nombre de structures anciennes, tels le fossé de Narmada-D modar, celui de God vari et la faille Ar valli-Delhi, sont également des structures actives, où la magnitude 6 est parfois atteinte. Enfin, la région de Hyder b d, en pleine croûte précambrienne, est le siège d’une certaine activité (1968, 1983, 1993) qui peut être destructrive.

Ressources minérales

Les couches de Gondwana et le Tertiaire en Assam contiennent des gisements de charbon. La bauxite est exploitée dans les latérites de la péninsule; le fer l’est dans les séries précambriennes du groupe Iron Ore. Il existe des mines d’or et d’argent dans le Précambrien du Dh rw r; le cuivre est présent dans la région de Singhbh m et a été exploité jadis au Rajasth n. De nombreux gisements de pierres précieuses ou semi-précieuses sont également connus. Citons les saphirs à Sri Lanka et au Cachemire, de rares émeraudes et aigues marines au Rajasth n, des grenats toujours au Rajasth n. L’Inde est surtout célèbre pour les diamants de Golconde; il existe en fait deux zones de gisements ayant fourni certaines très grosses pierres (Koh-i-Noor, 186 carats; Grand Mogol, 280 carats; Niz m, 277 carats; Orlov, 193 carats; Blue Hope; Pitt, 410 carats). Il s’agit de diamants détritiques, remaniés à l’état de galets dans les séries du Vindhya; le gisement de Panna est situé dans la région de Bundelkhand, celui de Golconde dans la région de Cudappah.

2. Causes de la différenciation des grands domaines naturels

Le relief

Le relief dépend essentiellement de la structure, c’est-à-dire de la nature et de l’arrangement des terrains constituant le sous-sol, et du climat, qui règle la marche des processus érosifs. Ce sont les grands domaines structuraux qui serviront ici de guides.

Le socle péninsulaire

La forme dominante est celle du plateau, car un très long temps s’est partout écoulé depuis les derniers mouvements de type souple qui ont plissé le matériel; l’érosion a donc eu la possibilité de créer d’importants aplanissements qui sont le trait fondamental de la morphologie. Cependant, les roches sont assez diverses pour introduire une première série de différences entre les régions. De plus, au cours de périodes géologiques relativement récentes, des mouvements d’ensemble ont soulevé certaines parties du socle et en ont abaissé d’autres; il en résulte des contrastes d’altitude et, par endroits, une dissection vigoureuse par l’érosion actuelle ou récente.

La nature du matériel oppose d’abord les plateaux formés de granite ou de gneiss et ceux qui sont portés par les grands épanchements volcaniques du nord-ouest de la péninsule. Ceux-ci ont donné naissance à d’énormes plateaux de basalte, où les versants de vallées et les escarpements présentent un relief en gradins tout à fait caractéristique. La décomposition du basalte a souvent donné naissance aux sols noirs à coton, ou régur, dont le fort pouvoir de rétention d’eau a des conséquences notables sur l’agriculture. Les lignes générales du modèle sont souvent moins nettes sur le soubassement granito-gneissique.

La deuxième opposition d’origine lithologique différencie les régions où existent des bandes de roches dures, héritées des anciens plissements, et celles où les masses rocheuses sont plus homogènes. Dans les premières, l’érosion a laissé les reliefs alignés, comme ceux qu’on trouve dans les monts Aravalli au nord-ouest ou dans les monts de Cuddapah au sud-est. Ces alignements sont visibles, même sur des cartes à petite échelle. Dans les régions où les anciens plissements ont laissé moins de traces, il n’y a pas de lignes directrices du relief bien affirmées.

Cependant, même dans ce dernier cas, des roches plus dures peuvent faire sentir leur influence, mais celle-ci s’exerce à une échelle plus réduite. En effet, çà et là, sur tous les plateaux non volcaniques, des reliefs isolés se dressent brusquement au-dessus de la surface d’ensemble du plateau, comme des îles au-dessus de la mer – d’où le nom de «montagnes-îles», ou inselbergs , que leur a donné un géographe allemand. Ces inselbergs doivent souvent leur existence à la présence de roches plus dures; mais leur aspect particulier, la netteté de leur forme, la brutalité de leurs limites, sont liés au climat et aux alternances de périodes sèches et humides qui le caractérisent.

Les mouvements récents sont de deux types. Il y a d’abord un mouvement de bascule qui a soulevé dans son ensemble l’ouest du socle, et abaissé ses parties orientales; il en résulte une opposition très nette entre des plateaux élevés du côté de la mer d’Oman et des plateaux généralement plus bas du côté de la baie du Bengale. De plus, le réseau hydrographique a de ce fait une disposition curieuse, puisque la plupart des grands fleuves de la région coulent vers la baie du Bengale, alors qu’ils prennent leur source à quelques kilomètres de la mer d’Oman. Cela leur permet d’acquérir une puissance considérable, et influe sur les possibilités d’aménagement hydraulique.

D’autres mouvements, d’ailleurs liés aux précédents, ont des effets plus localisés et aussi plus marqués. Ce sont les cassures qui ont donné naissance à des escarpements impressionnants; les plus continus sont: celui qui borde les côtes de la mer d’Oman (monts Sahyadri ou Gh ts occidentaux), et ceux qui traversent le nord de la péninsule d’ouest en est (monts Vindhya, Satpura, Mahadeo notamment). Ainsi, aux plateaux homogènes, disséqués par des vallées aux versants en gradins (dans les laves) ou semés d’inselbergs (sur les gneiss et les granites), s’opposent des formes plus hardies. Le front des grands escarpements de faille, ainsi que la région disséquée qui s’étend sur une largeur de quelques kilomètres à l’arrière des fronts des cassures, présentent un paysage nettement montagneux. Quelques blocs vigoureusement soulevés atteignent des altitudes de plus de 2 000 m, voire de plus de 3 000 m, ce qui leur donne un climat original, plus humide et plus frais. Les plus importants sont dans le Sud, avec les monts Nilgiris ou les chaînes des Cardamones, mais on en trouve aussi un semis discontinu sur la bordure orientale du socle, surtout dans les parties les plus septentrionales.

Les plaines alluviales

Les plaines alluviales se groupent en deux ensembles. Au nord, le sillon sous-himalayen, suivi par le Gange et l’Indus, s’est rempli de matériaux arrachés à l’Himalaya, et que les alluvions déposées par les grands fleuves achèvent de combler. À l’est de la péninsule, les fleuves ont construit des deltas qui progressent aux dépens de la mer; on peut citer (du nord au sud) ceux du Gange-Brahmapoutre, de la Mahanadi, de la Godavari et de la Krishna, de la Cauvery et de la Penner. Les deltas sont absents de la côte occidentale, puisque les cours d’eau qui aboutissent dans la mer d’Oman sont courts, et que le brusque relèvement des Gh ts n’a pas été favorable au remblaiement; ainsi, les côtes les plus arrosées de l’Inde ne possèdent pas de plaines côtières importantes.

Une différenciation interne marquée permet de distinguer trois catégories de surfaces alluviales. Les surfaces hautes, non inondables, sont caractérisées par la présence de sols médiocres, puisqu’ils ont été lessivés par une longue évolution sous climat humide; leurs rebords sont souvent fortement ravinés, et se prêtent mal à l’aménagement. Ces surfaces hautes se rencontrent partout, mais elles sont surtout étendues dans les parties occidentales de la plaine du Gange, et dans le piémont du Pendjab (Punjab, ou Pañj b). Les surfaces basses, inondables, ont de meilleurs sols, puisqu’ils sont souvent renouvelés par des apports de matériaux frais, mais la menace de la submersion est un handicap certain. Elles constituent l’essentiel de la plaine orientale du Gange. Les deltas sont composés de surfaces basses, qui se différencient de celles de l’intérieur par un caractère amphibie très marqué, et l’influence des remontées d’eaux salées.

Les montagnes du Nord

L’Inde ne comprend de vastes parties de montagnes himalayennes qu’aux extrémités orientale et occidentale. Au centre, le Népal, le Bhoutan et le Sikkim atteignent les confins de la plaine du Gange.

C’est au nord-ouest que le territoire sous contrôle indien s’enfonce le plus profondément dans la zone montagneuse; dans le Pendjab montagneux, l’Himachal Pradesh et le Cachemire indien, on retrouve les constituants habituels de l’ensemble himalayen: chaînes étroites et basses des Siwaliks, puis, alignements plus importants du Moyen Himalaya et, après une série de bassins dont le plus vaste est la «vallée du Cachemire», les très hautes montagnes du Grand Himalaya. Plus au nord encore, le Cachemire englobe la haute vallée de l’Indus, sèche et isolée, et l’impressionnante série de sommets de plus de 8 000 m du Karakoram, avec le deuxième sommet du monde, le K2.

À l’est, les chaînes himalayennes incluses dans l’Aranachal Pradesh sont étroites, moins hautes, très humides et peu pénétrables. Elles revêtent actuellement une grande importance stratégique. Les montagnes prébirmanes, qui ferment à l’est le cul-de-sac d’Assam, leur sont comparables par le climat très pluvieux et le couvert forestier dense (cf. BHOUTAN, CACHEMIRE, HIMALAYA, NÉPAL).

Les oppositions climatiques

L’Inde tout entière a un climat de mousson, avec quatre saisons distinctes. Mais elles ne revêtent pas exactement les mêmes aspects dans tous les points du territoire (fig. 2).

Le mécanisme des saisons

Une saison sèche et relativement fraîche correspond à l’hiver européen, et couvre les mois de décembre, janvier et février. Pendant cette saison, l’Inde est occupée par des aires de hautes pressions, qui sont en fait des anticyclones subtropicaux, en position normale à ces latitudes (fig. 2 b). Le plus souvent ils sont séparés d’anticyclones semblables centrés sur l’Indochine par un col de pressions plus basses axé sur la baie du Bengale. L’anticyclone indien dirige ainsi un flux d’air qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre: il souffle d’ouest sur le nord du pays (plaine du Gange), puis du nord-ouest, puis du nord et du nord-est. Cette situation atmosphérique détermine les aspects du temps: l’air est sec, le ciel clair et les précipitations très faibles ou inexistantes. De jour, les températures sont assez fortes, généralement supérieures à 15 0C dans le Nord, et à 20 ou 25 0C dans le Sud. Par contre, les nuits sont fraîches, surtout dans le Nord. Il peut geler au Pendjab, et même dans la plaine du Gange, le thermomètre peut descendre jusqu’à 5 0C plusieurs jours par mois. Ce refroidissement nocturne est de moins en moins marqué vers le sud, et la température moyenne de toute la péninsule méridionale est supérieure à 20 0C, c’est-à-dire plus forte que celle de l’été parisien.

Plus froid, le Nord (plaine du Gange et Pendjab) a une autre originalité: il arrive en effet que des perturbations atmosphériques assez faibles passent dans le courant d’ouest au nord de l’anticyclone et apportent quelques pluies, mais elles restent peu importantes: les tranches d’eau précipitées sont de l’ordre de 10 à 50 mm pendant le mois de janvier par exemple.

Cette saison est donc, dans l’ensemble, agréable, avec ses ciels clairs et ses températures clémentes.

Une période encore sèche et très chaude commence vers le début de mars. La circulation atmosphérique ressemble à celle de l’hiver, dans la mesure où des anticyclones encore marqués commandent les déplacements de l’air. Ils entretiennent des ciels clairs et des temps secs; mais un certain nombre de faits nouveaux apparaissent. D’abord et surtout, l’action du soleil augmente, et les températures s’élèvent énormément, surtout dans l’intérieur de la péninsule et dans les plaines septentrionales. Dans les parties les plus continentales, les journées connaissent alors des paroxysmes thermiques, le thermomètre montant fréquemment au-dessus de 40 0C. C’est la période des vents brûlants, des tourbillons de poussière, des terres desséchées, brunes sous le soleil. Les nuits restent très chaudes et atteignent près de 30 0C. Toute activité agricole est arrêtée et les gens aisés cherchent refuge dans les stations d’altitude aménagées par les Britanniques. Les régions côtières sont un peu moins chaudes, mais la forte humidité de l’air produit un temps désagréable, c’est la plus mauvaise période de l’année pour presque toutes les régions. Cependant, en mai et au début de juin, des dépressions commencent à se former dans l’intérieur de la péninsule, surtout au sud (fig. 2 g). Elles sont irrégulières, et affectent seulement les plus basses couches de l’atmosphère, mais elles attirent quelques vents marins dans les régions méridionales, et les pluies commencent à tomber le long des côtes sud-ouest, ainsi qu’au fond de la baie du Bengale.

La saison des pluies , ou saison de la mousson , commence ainsi en juin dans le Sud, et se généralise à tout le territoire avant la mi-juillet. La circulation atmosphérique est entièrement différente de celle des saisons précédentes (fig. 2 a). Elle est commandée par une dépression semi-permanente et assez stable centrée le plus souvent au nord-ouest du pays, due à l’extrême échauffement de l’air pendant la période précédente. L’air tourne autour de cette dépression dans le sens inverse de celui des aiguilles d’une montre. Des vents d’ouest soufflent sur tout le sud du pays, tournent à sud, puis à sud-est et est sur la plaine du Gange. Il pleut alors abondamment: les masses d’air entraînées par ce mouvement sont humides, car elles ont, avant d’atteindre l’Inde, traversé tout l’océan Indien et, d’autre part, des ascendances ont lieu dans ces masses riches en vapeur d’eau, ce qui déclenche les précipitations. Ces ascendances ont deux causes: le relief, d’abord, provoque des pluies sur la côte ouest de la péninsule, où le courant humide aborde de front la barrière des Gh ts, et sur les montagnes du Nord et leur piémont. D’autre part, des perturbations atmosphériques apparaissent dans le courant de mousson; les plus importantes sont des dépressions mobiles qui naissent dans la baie du Bengale, et se dirigent vers le nord-ouest, traversant le nord du pays en cinq ou six jours, avant de se fondre dans la dépression stable du Pakistan (fig. 2 c, d, e). Il en résulte des pluies abondantes. On comprend ainsi la répartition des régions les plus arrosées: côte ouest de la péninsule, plaines orientales (Assam notamment) et pentes de l’Himalaya et des chaînes birmanes à cause du relief; régions nord-est du socle péninsulaire, à cause du passage des dépressions mobiles. Les autres parties de l’Inde sont plus sèches, car le courant humide est moins perturbé, et l’une des deux conditions nécessaires à la pluie n’est pas réalisée. Le centre et l’est de la péninsule reçoivent quelques pluies, mais elles sont irrégulières et assez faibles, au total; le nord-ouest, du Pendjab au Rajasthan, est encore plus sec: ici, le courant est non seulement peu perturbé, mais assez sec, car il n’arrive qu’après un long détour sur le continent. De plus, cette région est surmontée en altitude d’une aire de hautes pressions qui bloque les ascendances et empêche les précipitations. Pendant la saison des pluies, les températures fléchissent légèrement, surtout dans la journée: les maximums se situent autour de 30 à 35 0C, et les nuits restent chaudes (environ 26 0C).

Il arrive parfois que toute dépression disparaisse de l’ensemble du domaine indien. L’air s’écoule alors au-dessus du pays sans connaître de rotation, et, malgré l’humidité atmosphérique, les pluies sont absentes, sauf de la bordure himalayenne. Ces périodes sèches sont qualifiées de «situations d’interruption» (fig. 2 f). Normalement, elles se produisent quelques jours par mois seulement. Mais il arrive qu’elles se prolongent pendant plusieurs semaines, et qu’elles se répètent plusieurs fois au cours d’une même saison des pluies. Ces sécheresses sont alors catastrophiques, et les conséquences en sont très graves. Les conditions dans lesquelles ces interruptions se produisent sont encore mal connues.

La saison qui suit celle de la mousson est caractérisée par un lent retour aux conditions de l’hiver, avec un rétablissement progressif des anticyclones, donc une réapparition des temps secs sur l’essentiel du pays. Cependant, cette période est moins sèche et moins chaude que celle qui précède la mousson, si bien que l’activité agricole peut se prolonger. De plus, les régions sud-est de la péninsule reçoivent alors des précipitations plus abondantes qu’en plein été (fig. 2 h): elles sont affectées par des dépressions qui viennent de la baie du Bengale et ont une trajectoire méridionale, alors qu’au moment où la circulation de mousson était pleinement établie, elles étaient baignées par de l’air humide, mais non perturbé.

Les grands domaines climatiques

La distinction des grands domaines climatiques résulte de l’addition des répartitions nuancées qui se manifestent lors de chacune des saisons (fig. 2 i).

La région humide de l’ouest est étroite, limitée aux Gh ts et au littoral qui les borde. La saison des pluies est longue au sud, mais diminue assez vite vers le nord: elle dure de mars à novembre à Cochin, et de juin à septembre à Bombay. Partout, les précipitations totales sont très abondantes, surtout sur les reliefs.

Au centre de la péninsule se trouve un axe sec, avec une saison des pluies de trois à quatre mois et des précipitations totales plutôt faibles. La saison chaude et sèche y est particulièrement marquée, mais il n’y a pratiquement pas de saison froide. La sécheresse est accentuée dans les parties les plus basses, notamment les vallées moyennes des grands fleuves comme la Krishna et la Godavari.

Le sud-est de la péninsule a un climat original, du fait de la répartition des pluies, qui n’atteignent leur maximum qu’en octobre ou novembre. Une saison fraîche peu marquée est suivie d’une période très chaude avec des temps très lourds. Puis, de juin à septembre, alors que le reste de l’Inde connaît des précipitations maximales, de courtes périodes de pluies abondantes alternent ici avec des séquences de temps sans pluie, mais chaud et lourd. Ce n’est qu’en octobre et novembre, et, au sud, encore en décembre que les précipitations sont régulières et abondantes.

Le nord-est de la péninsule, l’Assam, l’est de la plaine du Gange constituent, avec la côte ouest, un deuxième domaine très arrosé, avec une saison des pluies relativement longue, qui dure de la fin mai au début d’octobre. Le rythme classique des quatre saisons est net et la saison fraîche assez marquée.

Le nord-ouest du pays est dans l’ensemble plus sec, par raccourcissement de la période des pluies et diminution des quantités globales. De plus, le rafraîchissement des températures est suffisant pour ébaucher un véritable hiver. La transition est progressive des régions de la plaine moyenne du Gange, encore assez arrosées, à celles nettement sèches du Pendjab, et surtout des plaines du Rajasthan.

La combinaison des facteurs morphologiques et climatiques produit une grande variété de milieux naturels, qui peuvent être définis non seulement par leur relief et leur climat, mais aussi par les sols et les couverts végétaux qui en résultent.

3. Types de milieux naturels

On peut distinguer en Inde neuf types de milieux naturels (fig. 3).

Les moyennes montagnes très humides sont groupées en deux ensembles. À l’ouest de la péninsule, l’axe étroit des Gh ts proprement dits est formé de laves au nord, et, au sud, de terrains granito-gneissiques fortement soulevés. Il se prolonge dans les parties les plus méridionales par une série de blocs plus élevés et plus larges, dans les monts Nilgiris et l’ensemble des chaînes des Cardamones, séparés par la trouée de Palghat. Au nord-est de la péninsule, une série complexe de montagnes sans orientation dominante forme l’ensemble Bastar-Chota Nagpur.

Sauf dans les régions de laves, où des sommets plats dominent des vallées aux versants en gradins, les parties hautes sont en général arrondies, et la topographie est, dans l’ensemble, formée de grandes ondulations sans énergie. L’humidité du climat est à l’origine de sols rouges latéritiques médiocres; le défrichement est donc resté limité et ce milieu est un des seuls où l’on trouve encore de vastes forêts. Celles-ci sont de types variés. C’est seulement dans le Sud-Ouest, largement arrosé, et à saison sèche courte, que l’on trouve une forêt toujours verte à très grands arbres et à étages de végétation multiples. Dans le reste du domaine, les arbres sont moins hauts, et perdent leurs feuilles tous ensemble en saison sèche. Cette forêt «de mousson» à feuilles caduques a parfois été sévèrement dégradée par la culture itinérante; de plus, la valeur économique d’arbres comme le teck et le s l ont amené les hommes à créer des peuplements homogènes de ces essences. Quoi qu’il en soit, ce milieu hostile est l’un des moins mis en valeur. Il a servi de refuge aux plus anciens habitants de l’Inde, que l’on désigne souvent par le terme de «populations tribales», car leur organisation sociale est fondée, non sur la caste, mais sur la tribu.

Les moyennes montagnes humides constituent, elles aussi, deux ensembles. Au nord de la péninsule, une série de plateaux faillés forme un axe est-ouest, des confins de Chota Nagpur à la mer d’Oman. Ce sont surtout les bordures disséquées qui leur confèrent un aspect montagneux, car le relief des régions centrales est très régulier. Cependant, l’altitude distingue nettement ces plateaux des régions basses avoisinantes. L’exemple le plus marquant est constitué par les blocs basculés des monts Vindhya et Satpura, encadrant les fossés de la Narbada et de la Tapti.

Au sud-est de la péninsule, une autre série de blocs, beaucoup moins continus que l’alignement des Gh ts de l’ouest, fait partie de cet ensemble de montagnes humides. Ici, l’originalité est double. Ils se caractérisent d’abord par la fréquence de chaînons orientés, parallèles les uns aux autres, dus à l’existence de bandes de roches dures, elles-mêmes liées aux axes d’anciens systèmes plissés. Le cas le plus net est celui des monts de Cuddapah. Le maximum pluviométrique se situe en octobre-novembre.

Dans l’ensemble, ce milieu ressemble fortement au précédent. Cependant, les sols rouges tropicaux y sont plus répandus que les latérites franches. On y trouve encore de belles forêts, toujours à feuilles caduques, mais les formes de dégradation en médiocres fourrés sont fréquentes. Ici aussi, les populations «tribales» sont souvent dominantes.

Les moyennes montagnes sèches sont surtout représentées par les monts Aravalli, qui correspondent à une avancée vers le nord du socle péninsulaire, dans la zone des confins du Rajasthan. Les sols sont souvent squelettiques et la végétation médiocre. Il y a certes quelques forêts, comme celle qui entoure les sanctuaires du mont Abu, mais pour l’essentiel la sécheresse du climat et la dégradation par les hommes ont étendu le paysage de fourrés à acacias et autres épineux. Une certaine activité pastorale contribue à accentuer l’originalité de ce milieu.

Les plateaux très humides se distinguent des «moyennes montagnes» de climat équivalent par un relief plus monotone, par une dissection plus faible, des altitudes plus basses.

On peut rattacher à cet ensemble, d’une part, les marges du Chota Nagpur, avec quelques bas plateaux en bordure de la plaine du Gange dans le Nord, et le «bassin de Chattisgarh» au sud, et d’autre part un bas plateau littoral au pied de l’escarpement des Gh ts le long de la côte ouest. Celle-ci, en effet, au nord de Goa, n’est pas bordée par une plaine littorale, mais par des surfaces peu élevées, disséquées et établies sur des roches dures. La médiocrité des sols latéritiques est comparable à celle des moyennes montagnes. Mais la mise en valeur agricole est beaucoup plus complète, et elle a fait disparaître presque entièrement la végétation naturelle, qui devait être une forêt dense. Sauf peut-être dans la région de Chattisgarh, la nature du sol limite les progrès de l’agriculture. Le fait est particulièrement net le long de la côte de la mer d’Arabie, qui est moins bien pourvue que celle de la baie du Bengale, alors que le climat est favorable à la culture du riz.

Les plateaux humides et secs couvrent le reste du socle péninsulaire. Sur ces surfaces planes, les transitions climatiques sont progressives, si bien que la limite indiquée sur la carte n’a qu’une valeur indicative, et que ce domaine peut être étudié dans son ensemble. Le climat, mais aussi l’altitude, le détail du modelé, les alternances de zones de culture irriguée et sèche introduisent des nuances, bien que la monotonie de l’ensemble soit grande. Le paysage le plus fréquent est celui d’immenses horizons dégagés, avec simplement de temps en temps un groupe d’inselbergs aux lignes nettes. Les vallées sont généralement peu encaissées, et l’on passe des interfluves au lit des rivières par une série de grands plans inclinés. On retrouve donc le paysage classique des socles des basses latitudes, qui s’étend à l’infini en Afrique et en Amérique latine. Mais ici, on ne trouve pas les vastes savanes que le climat ferait attendre. L’essentiel des plateaux indiens a été défriché et aménagé par l’homme. Des champs ouverts, limités par de basses levées de terre, sont piquetés d’arbres utiles, irrégulièrement espacés. Ils sont en général plus denses autour des villages, qui apparaissent donc de loin comme des îlots de verdure. C’est sans doute l’un des plus grands «openfields arborés» du monde; il traduit l’utilisation permanente par les agriculteurs d’un milieu qui, ailleurs, est voué à des formes d’exploitation beaucoup plus extensives. La verdeur des rizières, les diguettes plantées d’arbres qui les cloisonnent, font l’originalité des périmètres irrigués de toute taille que l’on trouve dans ces régions. La végétation «naturelle» ne se retrouve que sur des pentes aux sols trop minces; encore est-elle souvent dégradée par l’exploitation du bois et le surpâturage; les formations les plus fréquentes sont des fourrés (scrub des auteurs anglo-saxons) et quelques forêts claires.

Au nord-ouest, le plateau Mahratte est établi sur les laves basaltiques. Celles-ci influencent le modelé et les sols: les pentes en gradins, traduisant l’étagement des coulées, sont visibles partout; les sols noirs, formés d’argiles retenant de grandes quantités d’eau, sont un atout de l’agriculture. Plus au sud, le plateau de Mysore est élevé, et assez arrosé. Les inselbergs se groupent en alignements parallèles et portent une brousse à acacias médiocre. Les sols se modifient rapidement selon la pente: sols rouges grumeleux sur les parties hautes, terres noires dans les parties basses. Les plateaux du sud-est sont plus bas, plus secs aussi, notamment dans la province du Rayalaseema, axée sur la vallée moyenne de la Krishna. Les sols squelettiques et les sols rouges y sont particulièrement fréquents. Enfin, au nord de l’axe des montagnes de l’alignement Vindhya-Mahadeo, les plateaux du Malwa et du Bundelkhand constituent un ensemble plutôt fermé, faiblement peuplé, peut-être en partie à cause de la médiocrité des sols portés par des grès. Le boisement y est un peu plus étendu que sur les plateaux de la partie proprement péninsulaire.

Les plaines alluviales très humides occupent toute la périphérie de l’Inde, pour laquelle elles ont une importance fondamentale. Au nord-est, se trouvent la basse plaine du Gange (correspondant en gros à l’État de Bihar), celle de l’Assam, et la partie indienne du delta du Gange. Puis, sur la côte orientale le long de la baie du Bengale, trois grands deltas (Mahanadi, Krishna-Godavari, Cauvery) alternent avec des deltas secondaires et de petites plaines alluviales. Enfin, au sud de Goa, la côte occidentale est bordée par une plaine alluviale étroite, qui constitue le foyer principal de vie du Kerala. Ce sont avant tout de grands domaines de rizières, où la pluie apporte l’essentiel de l’eau. La végétation naturelle a donc complètement disparu, mais le paysage est très arboré, car les diguettes portent de nombreuses plantations d’arbres fruitiers ou de cocotiers. Les nuances dans le paysage sont apportées par de faibles différences d’élévation par rapport aux cours d’eau et au littoral. Les surfaces les plus hautes sont souvent formées d’alluvions anciennes dont les éléments solubles utiles aux plantes ont été enlevés par le «lessivage», actif sous ces climats. De plus, les sols s’assèchent parfois à certaines périodes, si bien qu’au total ils constituent un milieu peu favorable et peuvent porter d’épaisses jungles. Les surfaces basses ont des sols meilleurs, car le lessivage a été plus modéré, et l’alimentation en eau ne pose pas de problème grave. C’est là le grand domaine des rizières plantées d’arbres, avec leurs villages étalés le long des levées insubmersibles en année moyenne. L’inondation est cependant une menace permanente dans ces milieux, où les pluies locales viennent gonfler les fleuves déjà bien alimentés par les énormes masses d’eau venues de l’amont.

Les plaines humides constituent un domaine de transition; on les trouve surtout dans la partie moyenne de la vallée du Gange et dans la région de Madras. Elles ressemblent beaucoup aux précédentes, bien que l’irrigation y soit plus souvent nécessaire à la culture du riz et que l’étendue des surfaces d’alluvions anciennes lessivées y soit aussi plus considérable.

Les plaines sèches constituent par contre un domaine original, puisque dans les parties qui n’ont pu être irriguées on trouve encore un paysage de steppe à arbustes épineux, sur des sols squelettiques. C’est donc la plus ou moins grande facilité de l’irrigation qui apporte les principales nuances.

Le Pendjab, tout au nord-ouest, est un domaine à part. La proximité de l’Himalaya a été favorable à la mise en place, surtout au XIXe siècle, d’un réseau d’irrigation dense et efficace. L’espace est entièrement mis en valeur; le caractère de front pionnier, où a été menée une politique de colonisation systématique, apparaît dans le parcellaire géométrique.

Plus au sud, dans le Rajasthan, on pratique seulement la culture sèche et les pâtures extensives (en dehors du périmètre, récemment créé, de la zone du canal du Rajasthan). Aussi trouve-t-on, sur des sols très maigres, une alternance de champs précaires piquetés d’arbres épineux, et de steppe médiocre. Ajoutons que, aussi bien dans le sud du Pendjab que dans le Rajasthan, la salure des sols constitue une menace constante: le lessivage est insuffisant, des corps très solubles comme le chlorure de sodium n’ont pas été entraînés et sont un fléau pour l’agriculture, même irriguée.

Les plaines sèches de l’extrême sud-est de l’Inde offrent également de grandes étendues de steppes arbustives; mais la présence de sols noirs retenant bien l’eau diminue quelque peu les effets de l’aridité climatique.

Les grandes montagnes de la bordure constituent enfin un milieu original, où l’altitude et l’exposition causent des variations très rapides du paysage. Il s’agit de montagnes encore tropicales; toutes les limites des zones de végétation sont décalées vers le haut par rapport à leur position dans les montagnes tempérées, et elles s’élèvent du nord-ouest au sud-est. Les forêts tropicales atteignent de 900 à 1 000 m, et les conifères «subtropicaux» jusqu’à 1 800 m. On trouve des forêts assez semblables à celles des pays tempérés jusqu’à 3 000 m; conifères et rhododendrons atteignent 4 000 m. Cela vaut surtout pour la région bordière. À l’intérieur, des formations sèches allant jusqu’à la véritable steppe occupent une large place, même sur les bas versants. Toutes ces formations végétales sont assez bien conservées, car l’empreinte humaine est assez faible. Cependant beaucoup de cultivateurs et d’éleveurs habitent ces montagnes: les grands versants aménagés en terrasses, les relais de caravanes des hautes vallées traduisent cette présence, qui se manifeste encore à plus de 3 000 m d’altitude par des zones défrichées.

Ainsi, malgré l’immensité monotone de certains domaines, l’espace indien est varié. Les traces visibles d’une longue et riche histoire contribuent encore à accentuer les contrastes.

4. Grands contrastes de l’occupation humaine

La répartition des activités de production résulte à la fois de facteurs naturels et historiques; elle marque profondément les paysages; d’une manière générale, c’est la productivité de l’agriculture qui explique les différences de densité de population, bien que les activités industrielles viennent y ajouter leurs effets pour une part dans certaines régions; enfin, la qualité du peuplement, fruit de la mise en place progressive des civilisations, joue un rôle non négligeable dans les différenciations de l’espace indien.

Les activités de production

Les systèmes agricoles

Longtemps marquée par des retards dans les techniques de fertilisation, les modes de culture, la sélection des plantes cultivées, l’agriculture indienne a connu des transformations profondes depuis les années 1950. La «révolution verte» a permis une croissance de la production suffisante pour faire face à l’augmentation continue d’une population passée de 350 millions à près de 900 millions d’habitants au cours des cinquante années écoulées depuis l’indépendance. Cette modernisation fondée sur l’association de l’irrigation, de l’emploi des engrais artificiels, de traitements chimiques et de la généralisation de variétés améliorées, a prolongé l’effort millénaire des agriculteurs indiens pour mettre au point une agriculture permanente dans l’essentiel du pays. Elle a augmenté la productivité de systèmes de cultures diversifiés en fonction de données naturelles et d’héritages historiques plus ou moins anciens (fig. 4).

D’une manière générale, le point le plus important est l’adaptation au climat à saisons sèche et humide alternées. On distingue à peu près partout deux saisons agricoles. Celle des cultures kharif correspond à la période des pluies: les semailles sont faites immédiatement après les premières averses, la récolte cinq à six mois plus tard. Celle des cultures rabi s’étend sur la saison de post-mousson et la saison fraîche et sèche. Le froid n’est pas un obstacle important bien qu’il exclue les cultures de riz dans les parties les plus septentrionales. L’obstacle principal est la sécheresse. La culture rabi n’est possible que dans des circonstances assez particulières. Dans le Nord, on peut profiter de quelques pluies d’hiver, qui tombent à un moment où l’évaporation est réduite; ailleurs, le rabi n’est guère pratiqué que dans les périmètres irrigués ou dans les sols profonds à fort pouvoir de rétention d’eau, où les réserves accumulées pendant l’été peuvent être mises à profit pendant plusieurs mois. De toute façon, les récoltes rabi doivent être faites avant la saison chaude et sèche qui empêche toute vie végétale.

Ainsi, l’agriculture dépend largement de la quantité globale des pluies et de leur répartition dans l’année. Cependant, une ancienne pratique de l’irrigation est venue corriger les effets de la répartition naturelle des précipitations dans le temps et dans l’espace. En Inde, il y a assez peu de régions où l’irrigation soit créatrice, c’est-à-dire où elle soit une condition sine qua non de l’agriculture, comme elle l’est dans les pays d’oasis. C’est cependant le cas dans certaines parties du Rajasthan. Ailleurs, il s’agit surtout d’une irrigation «améliorante», qui permet d’intensifier l’agriculture. À cet égard, son rôle est double. D’une part, elle sert à régulariser les cultures kharif. Dans beaucoup de régions, en effet, les pluies accumulent des quantités d’eau insuffisantes, et les apports sont irréguliers. Même un mois «normalement arrosé» comporte souvent des périodes de plusieurs jours à pluies faibles ou nulles; d’une année à l’autre, aussi, les précipitations varient beaucoup. L’irrigation servira donc à accumuler sur les champs l’eau tombée sur des vastes espaces, à la transférer de régions très pluvieuses vers celles qui sont moins favorisées; elle permettra aussi de régulariser les apports. En deuxième lieu, l’irrigation garde en réserve une partie de l’eau tombée pendant la saison des pluies et l’utilise en saison sèche pour les cultures rabi. Ce second type de technique d’arrosage est plus spectaculaire que le premier, mais il est moins important au total.

Les techniques sont variées. Les plus simples consistent à favoriser et diriger l’inondation du sol par les grands fleuves en saison des pluies, en construisant des canaux d’inondation . On peut aussi, avec des canaux plus longs et des barrages de dérivation plus importants, utiliser l’eau des rivières qui coulent toute l’année, notamment celles qui viennent de l’Himalaya et alimentent les canaux pérennes du Pendjab et de la plaine du Gange. Les autres systèmes utilisent des réserves. Les puits, nombreux, prélèvent celles des nappes souterraines. Mais il y a une grande différence entre les puits traditionnels, aux systèmes de levage élémentaires, qui n’atteignent que les nappes superficielles, et les «puits tubés» profonds, munis de pompes à moteur. Les réservoirs artificiels sont de deux types différents. Depuis des millénaires parfois, des siècles souvent, les communautés villageoises ont multiplié les petits réservoirs à barrage de terre, connus sous le nom de tanks . Ils servent en général à régulariser les récoltes kharif, et, accessoirement, à faciliter des cultures rabi (beaucoup de tanks sont en effet vides en saison sèche). Plus efficaces, mais beaucoup plus coûteux, sont les grands barrages réservoirs, dont les eaux sont diffusées par un réseau important de canaux pérennes. La plupart d’entre eux ont été construits depuis l’indépendance.

Ces différentes techniques d’irrigation sont souvent combinées: par exemple, un tank pour assurer la culture kharif et des puits pour le rabi, dans un même champ. Les régions indiennes sont inégalement irriguées. Les systèmes d’arrosage n’existent guère dans les régions les plus humides, où l’apport pluvial est assez important pour que le besoin d’irriguer soit réduit, et dans les plus sèches où ce besoin est impératif, mais où les possibilités sont réduites. Ce sont donc surtout les plaines classées comme humides ou moyennement sèches qui ont été aménagées, car les besoins et les possibilités y sont également importants.

Les données naturelles ainsi corrigées par les techniques d’arrosage ont abouti à la mise en place de différents systèmes agricoles. On peut schématiquement les caractériser par la céréale dominante; chacune d’elles étant associée, plus ou moins constamment, à d’autres cultures.

Le système des millets occupe les superficies les plus étendues, bien que les millets viennent après le riz et le blé pour les quantités produites, car les rendements sont faibles dans les milieux difficiles où cette culture est pratiquée. Il s’agit surtout des plaines et plateaux secs et humides disposés selon un axe nord-ouest - sud-est qui traverse le pays, du Rajasthan au sud de l’État de Madras. Les millets, dont il existe au moins trois espèces principales (le sorgho, connu ici sous le nom de jowar , le mil, ou bajra , le petit mil, ou ragi ) et de nombreuses variétés, sont des cultures kharif. Ils sont en général accompagnés d’arachides et, sur les sols noirs ou dans les régions irriguées, de coton. Ce dernier est particulièrement important sur les sols noirs du pays Mahratte. Dans le domaine du millet, les cultures rabi sont en général assez peu développées, et représentées par quelques légumes secs. Les cultures permanentes sont constituées par de nombreux arbres fruitiers, comme les manguiers, et la canne à sucre est actuellement en progrès dans les nouveaux périmètres irrigués, créés à partir des grands barrages réservoirs récemment construits sur les fleuves principaux de la péninsule.

Le système du riz est plus important à cause des masses d’hommes qu’il fait vivre, mais il est au total caractéristique de régions moins étendues. Il s’agit surtout de la périphérie de l’Inde, au climat humide. On peut opposer, en simplifiant beaucoup, deux types de régions. Dans les plaines très humides, le riz règne en maître. Il est cultivé en kharif grâce aux pluies, mais aussi en rabi, grâce à la longueur de la saison des pluies et aux facilités d’irrigation. Les autres cultures, assez diverses (nombreux légumes et, au Bengale, le jute, importante culture commerciale) jouent alors un rôle subordonné.

Dans les plaines du Sud, les cocotiers tiennent une place importante dans le système de cultures et surtout dans le paysage.

Dans les régions plus sèches et de relief plus marqué, le riz est essentiellement une culture kharif. Il se combine avec des rabi variés, arachides, millets, légumes secs, etc.

Le système du blé concerne une superficie plus petite que les deux précédents, mais, dans une grande partie du domaine qu’il occupe, les gains de productivité ont été très importants, si bien qu’il a maintenant un poids économique très supérieur à ce que ferait attendre son étendue (la production de blé a d’ailleurs dépassé celle des millets).. Dans le nord de la plaine du Gange, le Pendjab, et sur quelques plateaux du centre nord de la péninsule, la culture du riz est impossible en hiver parce que la chaleur est insuffisante; de plus, un fait culturel a pu jouer, puisque ces régions sont en contact avec l’Asie moyenne, grand domaine du blé. Le blé est cultivé en rabi, associé à des légumineuses et à des oléagineux comme la moutarde et le sésame. Mais les cultures kharif sont aussi développées: riz dans les régions les plus humides, millet ou maïs sur les terrains plus secs. La canne à sucre est également cultivée dans les périmètres irrigués.

Les systèmes agricoles sont évidemment complexes, et il n’en a été donné qu’une étude assez schématique. La modernisation de l’agriculture aboutit à des changements avec l’introduction dans les régions les plus évoluées de cultures nouvelles, et le progrès de la riziculture dans beaucoup de périmètres irrigués. Mais la répartition des systèmes classiques rend encore bien compte des grands contrastes de l’agriculture indienne, à condition toutefois de mentionner les deux domaines suivants: d’abord, les plateaux et moyennes montagnes très humides du nord de la péninsule font partie de l’Inde «du riz». Mais la culture itinérante sur brûlis est largement pratiquée par les populations tribales et l’occupation agricole du sol est très incomplète. C’est sans doute l’extrême médiocrité des sols latéritiques et le relief heurté qui expliquent que ces régions aient été négligées par les cultivateurs indiens, qui ont laissé les anciens habitants de l’Inde s’y réfugier.

Ensuite, les basses pentes de certaines montagnes très humides ont été aménagées en plantations par les Britanniques; celles de thé sont les plus importantes, mais on produit aussi du caoutchouc, du café, des épices. Les surfaces intéressées sont limitées à des parties de l’Assam et du Kerala, mais leur importance économique est considérable.

Répartition de l’activité industrielle

La politique d’industrialisation planifiée du gouvernement indien, l’accélération des investissements étrangers et privés depuis le milieu des années 1980 ont considérablement augmenté l’activité industrielle de l’Inde. Malgré la diffusion spatiale de l’industrie (fig. 5) qui, sous des formes variées, gagne de nouvelles villes et de nouvelles régions, le poids des complexes développés à partir des grands comptoirs coloniaux reste important. À l’origine de ces complexes, on trouve une interaction entre le comptoir et son environnement proche, où est développée la production de matières premières. Les cas les plus évidents sont ceux de Calcutta et de Bombay (Mumbai). Ainsi, pour la première ville, un comptoir a été créé pour le commerce avec la plaine du Gange. Très vite, la Compagnie des Indes a développé, à proximité, des cultures commerciales capables d’alimenter l’activité du port: indigo, puis jute. De plus, non loin de Calcutta, le socle péninsulaire recèle d’importantes ressources minérales, charbon et minerai de fer notamment. Ces ressources ont été exploitées à l’origine en fonction de la proximité du port. Puis, à l’initiative d’entrepreneurs britanniques et aussi indiens sont nées les usines de transformation de ces produits. Conçues pour réaliser la première transformation avant exportation, elles ont peu à peu fait place à des usines de produits plus élaborés et furent orientées de plus en plus vers le marché national. Les comptoirs de Calcutta, Bombay et Madras sont les centres des foyers industriels les plus actifs.

Ailleurs, l’industrie est liée à des facteurs divers qui n’ont pas donné naissance à des complexes aussi importants. Les ressources minérales ou agricoles ont parfois fixé des industries en dehors des grands complexes: culture du coton dans le Sud, de la canne à sucre dans la plaine du Gange; mines diverses dans la péninsule. La densité de la population et les vieilles traditions urbaines ont également attiré des industries, notamment dans la plaine du Gange. Elles prennent souvent la forme d’un artisanat modernisé et spécialisé, que le gouvernement indien s’efforce de perfectionner. Les facilités de production d’hydro-électricité ont favorisé l’industrialisation, en particulier dans la plaine du Gange et sur le plateau de Mysore. La politique de diffusion de l’industrie pratiquée par le gouvernement indien depuis l’indépendance l’a conduit à faire des implantations systématiques dans quelques grandes villes anciennes comme Hyderabad et Nagpur, ou dans des centres qui avaient besoin d’être animés, comme Bangalore, Bhopal...

En définitive, tous ces facteurs convergent pour donner une répartition où dominent trois grandes régions, celles de Bombay-Ahmedabad, de Calcutta et de Madras. Sont également importantes les industries de la plaine du Gange, du complexe Delhi-Pendjab, ainsi que de l’extrême sud de la péninsule. Ailleurs l’industrie n’est pas absente, mais elle est bien plus sporadique. Mais, naturellement, il faut tenir compte du rôle assez important que jouent l’artisanat et les petites industries (les small scale industries de la littérature officielle), assez disséminées et liées à la densité de la population.

La répartition des hommes

Les densités de population et les établissements humains

La répartition de la population est encore liée à la productivité de l’agriculture (cf. planche hors texte). Les régions où la riziculture a pu s’implanter avec une relative facilité concentrent les masses humaines les plus considérables tandis que les «milieux difficiles» sont les moins peuplés. Cette constatation, banale en apparence, soulève quelques problèmes très délicats, dans la mesure notamment où certaines régions fortement peuplées ont un net retard par rapport au reste de l’Inde du point de vue de l’efficacité de la production et des niveaux de vie, alors que d’autres ont, avec une population plus faible, un bien meilleur équilibre entre peuplement et ressources.

Les complexes de forte densité liés à l’agriculture anciennement fondée sur le riz se rencontrent essentiellement dans les plaines humides et très humides (vallée du Gange, deltas de la côte est, Kerala), ainsi qu’au Pendjab irrigué. Dans toutes ces régions la densité est supérieure à 200 habitants par kilomètre carré. La plaine du Gange et le Pendjab ont cependant des ressources plus variées que les régions rizicoles qui frangent la péninsule. Vieille région de civilisation urbaine, centre de constructions politiques anciennes, elle a attiré depuis longtemps le commerce, l’artisanat et, maintenant, l’industrie. La partie indienne du Bengale est un cas particulier, puisque les densités agricoles élevées sont renforcées par la présence de l’agglomération de Calcutta.

De même, l’axe de forte densité Ahmedabad-Bombay s’explique par la combinaison d’une agriculture assez prospère où la culture du coton joue un rôle important, et des activités industrielles, textiles notamment. Enfin, le sud de la péninsule a aussi des densités supérieures à la moyenne. Les facteurs sont ici nombreux et complexes. Il y a des plaines à riz, d’anciens districts irrigués sur le plateau de Mysore, quelques régions productrices de coton sur les terres noires de l’extrême Sud et aussi un certain nombre de villes industrielles importantes, comme Madras, Bangalore, Coimbatore. Des ressources naturelles non négligeables, les possibilités d’équipement hydro-électrique ne sont pas une explication suffisante. Il semble bien aussi qu’une multitude d’initiatives locales, peu spectaculaires mais efficaces, donnent une économie au total relativement équilibrée.

Les régions de densité moyenne, de 80 à 200 habitants par kilomètre carré, sont étendues surtout sur les plateaux moyennement humides et secs de la péninsule. Le système des millets n’a pu attirer des populations plus fortes, en l’absence d’activités complémentaires importantes.

Les densités sont faibles dans les milieux difficiles à mettre en valeur, où le climat et les sols ont longtemps freiné le développement de l’agriculture. C’est le cas des montagnes très humides du nord-est de la péninsule, des régions sèches du nord-ouest, et des hautes montagnes du nord.

D’une manière générale, la densité de population est forte dans l’ensemble du pays, en comparaison avec les régions analogues de l’Afrique et de l’Amérique latine. L’homme est partout présent en Inde.

Plus de 70 p. 100 de la population vit dans les quelque 550 000 villages de l’Inde. Ceux-ci, extrêmement variés, notamment par l’aspect des constructions, présentent cependant un certain nombre de caractères communs. Ce sont en général des agglomérations serrées. Les maisons sont pour la plupart très simples, réduites à une ou deux pièces, complétées par des cours et vérandas que l’on utilise en saison sèche. La diversité des statuts sociaux et économiques se traduit concrètement dans presque tous les villages par le contraste entre les maisons en dur et les constructions en briques cuites au soleil ou en pisé. La proportion des constructions du premier type est un indice de la prospérité d’ensemble du village. Malgré les progrès des dernières années, notamment la construction de routes et surtout l’électrification rurale, les villages restent encore largement en retard par rapport à un modèle de consommation qui se diffuse rapidement dans les villes, avec, par exemple, l’essor des moyens de transport individuels et de la télévision.

Les villes sont peu nombreuses (un quart de la population est urbaine) par rapport à la population totale (844 millions en 1991), mais elles groupent tout de même plus de 210 millions d’hommes. Les plus petites ont un aspect fortement rural, avec leurs maisons semblables à celles des campagnes, leurs rues non pavées. C’est seulement dans les villes moyennes et grandes qu’apparaissent les constructions proprement urbaines et les quartiers différenciés: quartiers indiens traditionnels, avec leurs maisons à trois ou quatre étages et leurs balcons de bois, surchargés d’enseignes; vieux quartiers britanniques avec leurs bungalows, dispersés dans les arbres et aujourd’hui assez dégradés; quartiers résidentiels récents, avec les villas des classes supérieures et moyennes, et quelques formes d’habitat collectif; périphéries mal structurées avec une grande variété de constructions, allant des maisons d’aspect rural aux cabanes les plus pauvres. Comme les revenus urbains sont supérieurs à ceux des ruraux, les villes augmentent très rapidement par suite de migrations de campagnards attirés par l’espoir, souvent vain d’ailleurs, d’un emploi. Il en résulte une extension des périphéries urbaines, une grande augmentation de la densité de population dans les centres, un surpeuplement généralisé des logements et un retard notable des équipements collectifs (voirie, transports publics, fourniture d’eau et d’électricité).

Les éléments de différenciation politiques et culturels

L’Inde est extrêmement variée du point de vue culturel, ce qui n’a rien d’étonnant si l’on songe qu’elle est aussi grande que l’Europe. Elle est, en fait, moins divisée que cette dernière, ou que bien d’autres régions de même dimension. L’histoire de l’Inde permet de comprendre l’unité de civilisation qui la fonde.

La principale opposition se manifeste entre le Nord et le Sud, le domaine des langues dravidiennes et celui des parlers indo-européens. La différence linguistique exprime en fait toute une série de nuances dans les comportements, une histoire vécue aussi de façon différente, qui se traduit dans une certaine mesure dans la mise en valeur de l’espace et dans les comportements politiques. Mais, à l’intérieur de ces deux grands blocs, il existe aussi de nombreuses nuances. Ici encore, les langues sont le trait le plus visible, mais non le seul, qui sépare les groupes humains. Les États de la fédération indienne ont été dessinés en fonction des différences linguistiques. Ces États ont une certaine autonomie en matière de législation sociale, d’éducation, voire de stratégie économique. Leurs capitales sont donc des centres de décision importants, et chaque gouvernement peut avoir sa propre politique d’aménagement, parfois en opposition avec celle d’un État voisin. Des querelles sévères ont eu lieu à propos de l’implantation de certains investissements, de l’utilisation de l’eau des fleuves, de la réglementation du commerce des grains. Les limites des États ont donc une signification certaine du point de vue géographique.

Il existe enfin des aires culturelles plus petites, non cartographiables à l’échelle où se situe cette étude. Il arrive par exemple qu’une sous-caste joue un rôle dominant dans un groupe de villages, si bien que leur voisinage est marqué par le comportement de cette caste, dotée de plus ou moins d’esprit d’entreprise.

L’espace indien est donc nuancé à tous points de vue. Certains auteurs ont essayé de classer les régions de l’Inde en fonction du degré de modernisation, et de l’équilibre relatif entre populations et ressources. On distingue ainsi des aires où l’agriculture est fortement commercialisée, où il existe un équilibre entre population et ressources (par rapport aux conditions moyennes de l’Inde évidemment), des régions plus retardées, où se posent des problèmes particulièrement graves, et enfin des régions où les conditions sont intermédiaires.

Les régions avancées comprennent au nord-ouest le Pendjab et la région de Delhi, les zones industrielles organisées autour de Calcutta et de Bombay, et de nombreuses petites régions du Sud. Au contraire, l’économie est particulièrement en retard dans deux types de régions: certaines, de milieu physique très difficile, sont faiblement peuplées et sous-exploitées; c’est le cas du Centre, du Nord-Ouest aride, des montagnes du Nord. D’autres ont une activité importante, mais insuffisamment développée pour assurer à la population un niveau de subsistance équivalant aux conditions moyennes du pays, pourtant très médiocres. Le cas le plus net est celui de certaines plaines rizicoles du Nord-Est, dans les États du Bihar et de l’Orissa. Leur retard par rapport à d’autres milieux comparables, à fortes accumulations humaines, n’est pas facile à comprendre. Il est probable que des structures sociales particulièrement paralysantes ont dû jouer un rôle important.

Il faut envisager rapidement les divisions les plus significatives qui se manifestent à l’échelle d’une étude globale de ce grand pays.

Certains espaces ont une unité qui vient essentiellement d’éléments d’homogénéité interne. Les montagnes du Nord ont une unité évidente qui vient des conditions physiques particulières. La plaine du Gange supérieur et moyen, à laquelle on peut joindre le Pendjab, doit à ses sols d’avoir une agriculture anciennement active, bien que mise en place dans des conditions variées; l’accumulation de population qui en est résultée, la vie de relations importante, la présence de nombreuses villes en font un domaine de forte production et d’échanges animés, même si les régions en difficulté n’y manquent point, comme on l’a vu à propos du Bihar.

La bande nord-ouest - sud-est qui traverse l’Inde depuis le R jasth n jusqu’aux confins de l’Orissa constitue l’«Inde centrale»: le sous-peuplement, la sous-exploitation des ressources, la faiblesse de l’urbanisation et des réseaux de relations y sont un fait dominant. Les conditions naturelles semblent avoir joué un rôle important dans cette situation; au nord-ouest, c’est la sécheresse qui a freiné la mise en valeur, à l’est les sols médiocres et le relief heurté. Cette situation n’est nullement irrémédiable, et la mise en œuvre des formes modernes d’aménagement peut faire sortir ces régions de leur position difficile.

Enfin, le sud de l’Inde, comme le définit l’extension des langues dravidiennes, présente une unité qui vient de la convergence d’efforts variés, qui en ont fait une marqueterie de pays différemment développés, mais où, au total, les petites régions et les centres assez avancés ne sont pas rares.

Deux régions seulement doivent leur unité à une métropole qui a tissé autour d’elle un réseau de relations serrées pour unifier des aires variées autour d’un même pôle; ce sont évidemment les régions de Bombay et de Calcutta. La première comprend en fait l’essentiel du pays Mahratte et le Gujarat industriel, avec Ahmedabad; la seconde englobe le Bengale et la région d’industrie lourde du nord-est de la péninsule, avec comme points d’appui importants les groupes de centres de la vallée de la Damodar et Jameshedpur. Il est vrai que Calcutta est une métropole en difficulté, dont le destin comporte beaucoup d’incertitudes.

La mosaïque des milieux naturels n’exclut pas des regroupements en unités plus vastes, qui traduisent ici comme ailleurs l’importance de l’action humaine. Les Indiens se préoccupent actuellement de trouver les cadres spatiaux qui leur permettront d’aménager leur pays et de faire progresser ses différentes parties. La faiblesse générale de l’économie, les freins d’origine sociale ou politique donnent cependant à craindre que cette œuvre ne soit très difficile à réaliser.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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